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La vidéosurveillance, privée comme publique, poursuit sa progression au sein de la capitale. Son dynamisme et sa constante innovation en font un domaine en pleine expansion qui participe à la protection des Parisiens et des millions de visiteurs qui parcourent la ville chaque année. Voici un tour d’horizon des dispositifs privés et publics installés au cœur de Paris.

La vidéosurveillance : le domaine privé

Depuis le début de la décennie 2010, le marché de la sécurité privée est en constante augmentation en France, de manière quasi exponentielle. À Paris, la demande a explosé dès le début de l’année 2016. En cause, à la fois la vague d’attentats de l’année 2015 et l’organisation de l’Euro de football au début de l’année 2016. Si la surveillance est générale, puisque l’on observe une forte augmentation de tous les types de contrôle au sein des espaces publics, le recours à la vidéosurveillance privée a fait à elle seule un grand bond tant chez les professionnels que chez les particuliers.

Des Parisiens en demande de vidéosurveillance

À Paris, l’insécurité est quotidienne et la population se tourne vers la vidéosurveillance pour se sentir rassurée et en sécurité. Entre les menaces permanentes d’attentats et l’arrivée constante de réfugiés, la peur grandit, qu’elle soit justifiée ou non.

Les Parisiens qui s’équipent de ce type de protection expriment avant tout le besoin de dissuader d’éventuels cambrioleurs ou agresseurs, et dans un second temps d’assurer la reconnaissance des individus en cas de passage à l’acte, dans l’objectif de protéger leur domicile, leurs biens et leur personne. Mais la vidéosurveillance privée ne propose pas que cette possibilité.

Elle est devenue depuis quelques années un moyen tout en un de solutionner les tracas quotidiens de la vis active. En effet, les entreprises spécialisées ont bien compris que le besoin évoluait et ont fait le choix de proposer davantage de services pour répondre aux souhaits des usagers et faciliter leur confort.

Les nouveaux systèmes performants vous permettent de savoir à tout moment ce qu’il se passe chez vous, à distance. Vous pouvez ainsi aisément savoir si vos enfants sont rentrés de l’école, si vos proches vont bien, si vos animaux sont sages, etc.

Un dispositif qui convient parfaitement à la vie rythmée par les longs trajets en transport en commun ou en voiture que font chaque jour les Parisiens ; plus de perte de temps, ils peuvent visualiser leur domicile en quelques clics depuis le bureau, le métro ou les embouteillages du périphérique.

Un moyen de renforcer la sécurité au sein des entreprises parisiennes

Les particuliers parisiens ne sont pas les seuls à faire grimper le taux de la demande de vidéosurveillance, les entreprises sont également de la partie. Il faut dire que le marché est particulièrement lucratif, avec plus de 8,6 milliards d’euros en 2016. Près de 30 % des entreprises parisiennes se sont équipées de système de vidéosurveillance entre 2010 et 2015, un record ! Il faut dire que celles-ci s’y retrouvent largement.

Une fois le dispositif installé, seuls les frais de maintenance sont à compter, ce qui réduit considérablement les coûts liés à la sécurité vis-à-vis de la présence de vigiles. Plus rentable et plus efficace, la vidéosurveillance permet de surveiller en direct l’ensemble du site, depuis un point de vue unique.

Si les vigiles gardent un rôle dissuasif et permettent une action immédiate en cas de problème, la vidéosurveillance est plébiscitée par les entreprises pour sa dimension préventive et curative et pour son moindre coût.

La vidéoprotection : le secteur public

Le marché public représente 26 % du chiffre d’affaires de la vidéosurveillance, contre 74 % pour le secteur privé qui reste dominant. Néanmoins, de nombreuses villes s’équipent de caméras de vidéoprotection pour prévenir et faciliter la résolution d’enquête en cas d’agression, de cambriolage, d’attentat ou de tout autre méfait.

Une augmentation du nombre de caméras qui a fait ses preuves

Avec plus de 1 300 caméras de surveillance, Paris est bien équipée. Si la ville est quadrillée, ce sont les espaces publics dits prioritaires qui ont été les plus récemment ciblés. Ce réseau fourni est en outre complété de plus de 13 000 caméras d’espaces publics (SNCF, RATP, réseaux RER et bus, musées, lieux culturels et sportifs, etc.) qui peuvent être visionnées par la préfecture de police afin de mieux quadriller la ville. Le Ier arrondissement est désormais le plus surveillé de Paris, avec une caméra pour moins de 315 habitants.

Les études récentes ont démontré que les vols avec violence ont diminué de 17 %, les vols à la tire ont été réduits de 28 % alors que le taux d’interpellations a augmenté de 41 % depuis l’installation et la multiplication de ces dispositifs en ville.

L’objectif du développement du réseau de vidéoprotection depuis 2013 est d’assurer à la fois la sécurité des millions de Parisiens au quotidien et des 30 millions de touristes qui visitent la capitale chaque année, tout en renforçant la lutte contre la délinquance. Enfin, si le domaine prête toujours à débat, Paris reste loin derrière Londres et ses 75 000 caméras.

La vidéo verbalisation, l’autre périmètre d’action de la sécurité de la Capitale

Depuis 2017, les 1 300 caméras parisiennes permettent de repérer près de 11 types d’infractions routières sans besoin d’agent sur le terrain. Si les conducteurs mal garés, qui téléphonent en conduisant ou qui grillent des feux rouges sont sanctionnés à distance, ce dispositif permet également de s’assurer de la sécurité et du bon déroulement de la circulation parisienne sans dépêcher d’agents sur le terrain. Ainsi, la vidéoprotection permet à la Capitale de veiller à distance sur la sécurité de ses habitants et de ses visiteurs. Le dispositif ne cesse de croître pour mieux cibler les zones dites sensibles, où la délinquance persiste.

Avec les résultats positifs relevés grâce à la densification du réseau et au plébiscite des touristes qui se sentent plus en sécurité, le secteur n’est pas près de connaître la crise.

Un dispositif qui ne fait pas que des adeptes

Liberticide, racket, gaspillage de l’argent public… les adjectifs ne manquent pas aux détracteurs pour qualifier le dispositif de vidéosurveillance à Paris. En effet, le principe ne rencontre pas que des adeptes et est parfois publiquement décrié par ses opposants.

Des dissensions au sein des partis politiques

Le système de vidéosurveillance ne fait pas l’unanimité au sein des partis politiques. S’il a été souhaité et installé par les élus de la droite, il ne parvient pas à convaincre les partis d’extrême gauche. EELV estime que ces dispositifs ne font en rien reculer la délinquance et qu’ils ne remplacent pas la présence d’agents dans les rues. À l’inverse, les membres de Les Républicains estiment que le nombre de caméras est encore insuffisant pour une pleine efficacité.

Pour mobiliser les Verts, la Mairie de Paris joue la carte de l’arme écologique en proposant d’utiliser les caméras pour lutter contre la pollution de l’air et pour mieux contrôler les rues où la circulation est réduite ou interdite. Pourtant, l’idée ne convainc pas, ses opposants arguant qu’il s’agit d’un dispositif coûteux et dont l’efficacité n’a pas encore été prouvée.

Si la droite souhaite multiplier rapidement les caméras pour s’inscrire dans le sillage de Londres, le Front de gauche fait barrage en refusant d’approuver un projet qu’elle juge liberticide.

Les opposants s’appuient pour certains sur un rapport de 2008 réalisé par l’institut The Campbell Collaboration situé à Oslo en Norvège qui souligne les limites d’un tel dispositif dans le cadre de la sécurité et de la lutte contre la délinquance. En revanche, le rapport souligne que le système a pu contribuer à faciliter la résolution d’enquêtes. Les élus favorables à son développement rétorquent que si la vidéosurveillance ne permet pas d’éradiquer la délinquance, elle possède au moins un caractère dissuasif et constitue un atout en matière de prévention.

Un avis partagé par un bon nombre de particuliers

Si de nombreux Parisiens résidents et de touristes y sont favorables, la vidéosurveillance trouve également des détracteurs parmi les particuliers. Certes, la majorité des opposants vit au sein de zones résidentielles peu sujettes à la délinquance, mais ce n’est pas systématique. Certains habitants des quartiers sensibles et régulièrement victimes d’agressions déplorent ce choix de surveiller les Parisiens dans leur quotidien, dès qu’ils mettent un pied hors de chez eux. Ce sentiment de liberté entravée, de surveillance à la « Big Brother », a un goût amer pour de nombreux sceptiques qui estiment qu’il s’agit uniquement de réprimer les honnêtes citoyens.

En effet, d’aucuns jugent ce dispositif inadapté à la mission que prône la ville et pensent qu’un individu qui souhaite commettre une infraction ou une agression le fera tout de même, visage masqué pour ne pas prendre le risque d’être reconnu. En revanche, un automobiliste en léger excès de vitesse, un feu passé au orange, ou une maman qui se stationne en double file le temps de récupérer ses enfants à l’école n’éviteront pas la surveillance des caméras ni l’amende qui s’ensuivra. Ce ne sont pourtant pas les véritables dangers.

Dans un pays de plus en plus surveillé, les Droits de l’Homme perdent de leur sens avec ce dispositif qui ne fait qu’entraver la liberté de chacun. Ainsi, pour ses opposants, la vidéosurveillance ne sert pas à assurer la sécurité des habitants et des touristes parisiens, mais avant tout à verbaliser les petites infractions afin de remplir les caisses de l’État.

Pour faire barrage à ces idées, le Gouvernement a transformé dès 2010 le terme de « vidéosurveillance », jugé trop ambigu et peu approprié face à ceux qui estiment que le dispositif porte atteinte à la vie privée, en « vidéoprotection », espérant ainsi faire passer un message plus positif. Pourtant, cela ne prend pas et le premier terme reste dans les consciences.

La Préfecture de Paris prétend utiliser ce type de dispositif pour mieux gérer la circulation au sein de la ville, veiller à l’ordre public, faciliter le déplacement et l’intervention des services de police et de secours et enfin mieux prévenir le risque terroriste. Mais la réponse des particuliers opposants reste la même. Lassés d’être déjà filmés dans les magasins, les banques, les administrations, des services publics, dans les gares ou encore le métro, ils déplorent ce manque de liberté lorsqu’ils marchent simplement dans la rue.

En somme, les caméras servent uniquement à priver de liberté et à sanctionner les honnêtes citoyens. En effet, qu’en est-il des agressions, des atteintes à la vie privée, ou encore des incivilités vécues par les femmes, les personnes homosexuelles ou handicapées, des violences racistes, etc. ?

Ces actes ne diminuent pas, la vidéosurveillance étant nettement insuffisante, voire impuissante. Nous en revenons au même point : tel que le soulignent les réfractaires, les caméras servent essentiellement à verbaliser les Parisiens. Au lieu de protéger ses habitants, la ville de Paris les rackette !

Quand les associations s’en mêlent

De nombreux collectifs et associations luttent contre le dispositif de vidéosurveillance à coup de mots. Si le débat semble stérile, il est néanmoins actif et présent. Le réseau RAVIF (Réseau Anti-Vidéosurveillance en Ile de France) du Comité régional Ile de France de la Ligue des Droits de l’Homme milite contre son déploiement au moyen de l’information.

Il se donne pour mission d’alerter les citoyens sur le mensonge de cette technologie couteuse qui, à défaut de réduire la délinquance, pille les honnêtes habitants pour la moindre infraction et les surveille nuit et jour dans leur quotidien. Ce collectif n’est pas le seul. Gaspillage de l’argent public, maintien de la peur, insécurité sociale, méfiance inutile, etc. Tous les arguments sont avancés par des dizaines d’associations, à Paris et partout en France. Même combat pour l’association Souriez vous être filmés et pour tant d’autres qui militent contre les caméras publiques, mais qui dénoncent aussi les abus des caméras privées.

Ces dernières sont en effet également décriées par les opposants au principe. Ceux-ci dénoncent les caméras situées dans les entreprises, destinées à surveiller en permanence les salariés et ainsi à les priver de toute liberté. Par peur d’être sanctionnés au moins écart, de nombreux employés sont sujets au stress. La peur et l’anxiété liées à cette surveillance permanente sont en effet à l’origine de nombreux burn-out.

Que dire des caméras privées ? Si la plupart servent en effet à s’assurer de la sécurité de son foyer, certaines ont pour seconde utilité de surveiller la femme de ménage, le jardinier ou la baby-sitter ! Ces derniers doivent être informés par les occupants de la maison de la présence de caméras, mais cette obligation légale est pourtant peu respectée. Là aussi, la liberté des individus est entravée et la moindre erreur peut être fatale, donnant lieu à un prétexte quelconque pour congédier la personne. Face à ces nombreux arguments opposants et aux résultats peu révélateurs qu’elle propose, la vidéosurveillance est encore bien loin d’être approuvée par tous.