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Réduction du sentiment d’angoisse dans la cartographie de la vidéosurveillance.

vendredi 12 mars 2010, par CDL

Depuis le début du projet "1000 caméras" (1302 au décompte final, +30%), la préfecture a fait usage d’un outil de communication moderne appelé la cartographie.

Dés le commencement la cartographie a été associée à la transparence de la démarche sécuritaire-vidéosurveillance. Selon le préfet de police, Michel Gaudin, son équipe marketing et l’équipe Delanoe, on a allait nous montrer les emplacements de caméras, rien ne serait caché. "Vous serez informés". Seulement voilà, une carte de communication, comme une caméra, n’est en aucun cas neutre. Une carte de communication, c’est un message, une belle histoire qu’on raconte.. C’est ce qui la différencie des plans de situation.

Et en exemple voici la première carte de communication qui était disponible dans la presse sur le plan "1300 caméras".

L’histoire racontée ici était qu’il n’y aurait pas des caméras partout mais que sur quelques endroits choisis, des lieux dits "sensibles" de Paris. Les promoteurs de la vidéosurveillance devaient au commencement, minimiser le territoire occupé par les caméras pour les faire accepter par les parisiens. La préfecture focalisait donc sur quelques endroits (les points noirs) qu’on mélangeait avec un nombre total de caméras (les carrés noirs).

Le résultat a été l’association des points et des carrés par les lecteurs de la carte. Cette volonté était manifeste par l’utilisation de la même couleur pour ces deux éléments. On en déduisait naturellement que les caméras ne seraient installées qu’aux points noirs et que ce projet ne serait donc pas Big Brother à Paris. C’était de plus soutenu par le projet de campagne de Bertrand Delanoe "Paris un temps de retard", qui mettait en avant le nombre limité d’emplacements de caméras dans le texte (ou plutôt la ligne).

Le fond gris clair de la carte, atténué, rendait lui, la vraie information de cette carte invisible, à savoir que les caméras seraient affectées aux arrondissements et non à ces endroits.

Après cette première étape, la publicité d’acceptation de la vidéosurveillance est passée en phase 2. La préfecture a communiqué les cartes détaillées des emplacements de vidéosurveillance.

Et ce fut communiqué par arrondissements.

Sans même voir ces cartes, il manquait une étape. Nous avions eu l’avant projet grossier et nous passions directement à une cartographie en morceaux.

Il manquait la vision d’ensemble plus précise du projet.

Pourquoi manquait-il cette échelle globale ? Quand des autorités mettent en avant leur "transparence" et ne fournissent pas tous les moyens de compréhension, c’est le moment de sonner l’alerte.

Il fallait donc vérifier ces cartes. Et en les ouvrant, le choc. Il y en avait des caméras partout. Au lieu de lieux choisis, on constatait qu’il y en avait à chaque coin de rue. C’était donc ça le plan 1300 caméras, Londres à Paris, Big Sister Alliot-Marie et Big Brother Delanoe unis dans le voyeurisme.

On comprenait mieux pourquoi on nous cachait la vision d’ensemble. Et pas de doute, c’était une omission volontaire. La représentation isolée des arrondissement confirmait ce choix. Si vraiment vous êtes dans une démarche de "transparence", en cartographie, vous replacez le sujet dans son contexte en rajoutant les éléments proches. Dans ce cas précis la "transparence" aurait conduit à rajouter les caméras proches de l’arrondissement. Elles n’y sont pas. A ce stade, en fait de "transparence", on a le commencement du mensonge.

Il fallait donc reconstituer la carte d’ensemble par nos propres moyens. Et le résultat fut probant. En recollant les arrondissements entre eux, la vérité a commencé à se faire.

Ces cartes d’arrondissements n’avaient qu’un but, minimiser le nombre de caméras surveillant les arrondissements en ne prenant en compte que celles implantées sur le territoire de l’arrondissement. Si on rajoute les caméras situées de l’autre coté de la rue mais implantées sur l’arrondissement voisin, on arrive dans certains cas à constater un doublement du nombre de caméras surveillant les habitants d’un arrondissement. C’est illustré ci-dessous par le cas du boulevard Beaumarchais dans le 11eme, l’axe de manifestation République - Bastille.

Vous pouvez consulter les cartes reconstituées dans cet album.

Au vu de ces éléments, on peut constater le mensonge cartographique de l’équipe marketing de la préfecture de police. Surtout qu’il continu.

Il a été affirmé plusieurs fois par Mr le préfet Gaudin, que les emplacements de caméras seraient connus. Pour ce faire deux cartes ont été éditées sur le site de la préfecture de police. Maintenant que le projet est acté, que les parisiens n’ont plus leur rôle de figuration dans cette fausse concertation, ces cartes interactives représentent enfin une vision globale du projet.

Une des cartes recense les futures caméras. Nous ne nous y sommes pas investi mais prenons la carte de l’implantation actuelle des caméras.

Son titre est : Implantation des 293 caméras actuellement opérationnelles à Paris

Et on va vous proposer un petit jeu. Il faut chercher ce qui ne va pas dans cette carte. Vous avez 20 secondes.

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Vous avez trouvé ? Eh, bien il suffit de compter les caméras. Il n’y en a que 91. Ce qui fait quand-même un énorme décalage par rapport au titre.

En réalité, ce qui est représenté, ce sont les caméras de la préfecture. Il manque les 202 caméras de la ville de Paris. Vous trouverez ici une carte incomplète des caméras actuelles que nous avons recensé.

Si vous allez sur la carte interactive de la préfecture, vous constaterez de plus que le positionnement de ces caméras est fantasque. Il y des caméras dans des cours intérieures et au milieu de la seine. Cette carte ne permet pas de retrouver les caméras sur le terrain, un comble pour une carte de situation. A décharge de la préfecture, c’est une erreur technique appelée erreur de projection. Ce n’est pas délibéré.

Mais cette difficulté technique est aussi la preuve que faire un plan de situation est beaucoup plus difficile que de faire une carte de communication servant à manipuler les parisiens.

En conclusion, on peut dire que le traitement cartographique et la connaissance de l’implantation des caméras est un artifice qui a servi de caution morale pour la préfecture tout le long du projet pour affirmer son respect des libertés. Ces cartes ont surtout servi à l’acceptation de ce projet et à masquer sa réalité aux étapes clés de la mise en place. Comme cette stratégie du mensonge a fonctionné, vous serez de nouveau confrontés à des cartes "arrangées" sur d’autres thèmes. Prenez le temps de bien les analyser.

Cette façon de faire qui s’est retrouvée également dans l’argumentaire de la préfecture et de la mairie de Paris est un manque de loyauté envers les parisiens.

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